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Initiation à l’archéologie

Fouilles du dépôt de glace de 1819, maison Macdonell-Williamson, Pointe-Fortune

Par

Ron Williamson

L'archéologie

Published Date: 09 oct. 2015

Photo : Fouilles du dépôt de glace de 1819, maison Macdonell-Williamson, Pointe-Fortune

Qu’est-ce que l’archéologie? La question peut sembler évidente et pourtant, vous seriez surpris de découvrir les réponses données par les Canadiennes et les Canadiens. Au début des années 2000, l’Université de la ColombieBritannique et le ministère du Patrimoine canadien ont mené une enquête publique en collaboration avec Ipsos Reid, afin de connaître la perception, les connaissances et l’attitude de la population canadienne concernant le patrimoine archéologique. Plus de 1 500 personnes, choisies aléatoirement, ont été interrogées dans tout le Canada, dont 540 en Ontario. Les résultats de cette étude se sont avérés pour le moins surprenants.

Commençons par les bonnes nouvelles. Fait intéressant, 82 p. 100 des répondants maîtrisaient le concept général recouvert par l’archéologie, celui d’une science s’intéressant aux vestiges du passé, et qui a souvent recours aux fouilles et aux méthodes d’analyse scientifique. Moins réjouissant cette fois, il est apparu que 40 p. 100 d’entre eux faisaient l’amalgame entre archéologie et paléontologie ou chasse au trésor sur les traces des dinosaures (une idée plus fréquente qu’on pourrait le croire). Pire encore, 14 p. 100 des personnes interrogées pensaient que les découvertes archéologiques faites au Canada remontaient à 500 ans seulement, et une personne sur trois pensait que le pays avait connu moins d’un millénaire d’occupation! Autre surprise : près de 70 p. 100 des répondants pensaient que le Canada compte moins de 1 000 sites archéologiques (voire moins de 500 sites pour un tiers du panel).

À lui seul, l’Ontario recense plus de 32 000 sites archéologiques et la grande majorité date d’il y a 12 000 à 300 ans! Ainsi, la plupart des gens n’ont pas connaissance du passé ancestral de notre nation et de notre province, ni de la richesse des ressources archéologiques inhérentes à leur histoire. Encore aujourd’hui, les élèves obtiennent leur diplôme d’études secondaires en ayant seulement une compréhension superficielle de l’archéologie.

Fouilles d’un tertre (dépotoir) marquant le site d’un village wendat ancestral du milieu du XVe siècle situé près de Brooklin, en Ontario, réalisées avant la construction de la route 407. Vous remarquerez le quadrillage, les jalons de référence et les cordeaux servant à délimiter les strates du tertre, en vue de consigner le contexte de découverte de chaque objet.

Dans les universités ontariennes, l’archéologie est le plus souvent enseignée en tant que science sociale dans les départements d’anthropologie. L’anthropologie est une science interdisciplinaire qui étudie sous différents angles l’expérience passée et présente des êtres humains. Sousdiscipline de l’anthropologie, l’archéologie s’intéresse aux groupes humains qui ont vécu dans le passé, en se consacrant à l’analyse des caractéristiques sociales, politiques, économiques et spirituelles de leur vie. Souvent, les archéologues étudient aussi les schémas récurrents et la nature de la culture matérielle. Les terres non bâties de l’Ontario recèlent des vestiges de la vie humaine. Pointes de projectile en pierre, fragments de vaisselle en céramique, ou encore carafes et assiettes brisées sont autant de traces laissées par ces ancêtres, la mission des archéologues étant de donner vie à leur histoire en analysant les objets retrouvés dans le contexte de leur découverte.

Lorsque les ressources documentaires et archéologiques se rejoignent, nous obtenons une meilleure vision du passé, dans toute sa complexité et sa différence. Même dans les grands centres urbains, nous pouvons trouver les vestiges de structures coloniales significatives, qui ont survécu sous les parcs de stationnement et autres lieux de notre vie quotidienne.

Par ailleurs, n’oublions pas que les sites archéologiques sont fragiles et irremplaçables. Aujourd’hui, la province et ses administrations municipales œuvrent ensemble à leur conservation, mais cela n’a pas toujours été le cas. Le registre archéologique de l’Ontario a subi des pertes colossales au XXe siècle, se chiffrant en centaines de sites détruits sous l’effet de la croissance urbaine, avant que la promulgation de lois ne vienne mettre fin à cette vague dévastatrice.

La conservation des ressources archéologiques de l’Ontario, dans le cadre du processus d’aménagement des terrains, est désormais régie par l’une des législations les plus complètes d’Amérique du Nord. Les fondements législatifs de ce mandat ont été adoptés dans les années 1970 et ont vu leur efficacité se renforcer progressivement depuis lors. En particulier, la Loi sur l’aménagement du territoire et la Loi sur les évaluations environnementales exigent désormais que des évaluations des ressources archéologiques, ainsi que des analyses du patrimoine architectural et culturel, soient menées en amont de la plupart des activités responsables d’une perturbation du terrain, qu’il s’agisse d’initiatives publiques (travaux d’infrastructure, par exemple) ou de projets privés portant sur la construction de logements ou le lotissement industriel.

C’est ce qui explique la profonde mutation des pratiques archéologiques mises en œuvre en Ontario et dans d’autres territoires de compétence d’Amérique du Nord. En général, les gens pensent que les travaux archéologiques sont entrepris principalement par les chercheurs des universités et des musées. En réalité, dans la province et ailleurs en Amérique du Nord, ce sont en majorité (dans plus de 90 p. 100 des cas en Ontario) les archéologues du secteur privé qui s’en chargent et qui procèdent aux évaluations et aux fouilles avant l’aménagement d’un terrain.

Fosse d’aisance extérieure de l’Hôpital Toronto General, faisant partie du système complexe de gestion des déchets construit au début du XIXe  siècle.

Fosse d’aisance extérieure de l’Hôpital Toronto General, faisant partie du système complexe de gestion des déchets construit au début du XIXe siècle.

Autre élément important à prendre en compte : la plupart des sites de l’Ontario étaient occupés par des peuples vivant dans la province avant l’arrivée des Européens; ils ont donc une valeur culturelle et spirituelle pour leurs descendants. Ces autochtones n’ont laissé aucune trace écrite de leur vie, mais leur héritage se compose d’histoires et de traditions orales transmises de génération en génération et s’incarne dans les vestiges de leurs colonies conservés jusqu’à aujourd’hui.

Le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport de l’Ontario a pris en compte les intérêts de leur descendance en veillant à l’identification, à l’évaluation et à la conservation des sites archéologiques et de la culture matérielle. Il encourage les archéologues à s’impliquer auprès des collectivités dès les premières phases d’un projet, de préférence au moment de la planification, mais exige également une participation communautaire à l’heure de formuler et de mettre en œuvre les stratégies visant à atténuer l’impact sur les sites archéologiques autochtones au moyen de fouilles de préservation ou de sauvetage.

Le patrimoine archéologique de l’Ontario est également une source de débouchés économiques considérables. Pour en savoir plus sur l’archéologie, l’idéal est de visiter un site ou de participer à des fouilles. Découvrir un bouton ou une pointe de projectile remontant à la guerre de 1812 et se dire qu’on est la première personne à toucher cet objet depuis des centaines d’années : voilà qui procure une émotion incroyable. À n’en pas douter, c’est une expérience vraiment unique. Heureusement, toutefois, divers organismes comme la Fiducie du patrimoine ontarien, l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région, le musée archéologique de l’Ontario (Museum of Ontario Archaeology) et la Société archéologique de l’Ontario ont pour mission de faire vivre notre monde archéologique au travers d’initiatives pédagogiques et touristiques. J’espère qu’un jour, l’ensemble des citoyennes et des citoyens de l’Ontario prendra la mesure des richesses archéologiques de notre province. [Clichés publiés avec l’aimable autorisation d’Archaeological Services Inc.]

Cette pointe de projectile en chert translucide, découverte récemment près  de Brantford, en Ontario, date de plusieurs milliers d’années. Photo : Christian  Wilson

Photo: Cette pointe de projectile en chert translucide, découverte récemment près de Brantford, en Ontario, date de plusieurs milliers d’années. Photo : Christian Wilson

Effigie provenant d’une tête de pipe wendate du XIVe  siècle,  découverte à Barrie, en Ontario. Un visage humain est visible sur cette  face, tandis que l’envers de l’effigie représente une tête de loup ou de  chien aux oreilles dressées et au museau pointu.

Photo: Effigie provenant d’une tête de pipe wendate du XIVe siècle, découverte à Barrie, en Ontario. Un visage humain est visible sur cette face, tandis que l’envers de l’effigie représente une tête de loup ou de chien aux oreilles dressées et au museau pointu.