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Pour continuer de faire rire l’Ontario

Quatre femmes, casting de Baroness von Sketch

Photo : Casting de Baroness von Sketch (Photo : Erin Simkin)

Par

Aurora Browne et Jennifer Whalen

Le patrimoine immatériel

Published Date: sept. 08, 2017

Le Baroness von Sketch Show est une série humoristique à sketches, au féminin, diffusée sur les ondes de CBC, qui « rend hommage à l’absurde, déterre les situations embarrassantes et tourne en dérision nos vies au quotidien ». La Fiducie a récemment rencontré les femmes de la troupe humoristique pour leur demander ce qui, à leur avis, rend l’Ontario si rigolo.

Aurora Browne

Je pense que les Canadiens sont foncièrement des gens drôles. Il y a quelque chose d’unique au fait d’être le petit frère des gros États-Unis – d’être étranger à bien des manifestations culturelles venant des quatre coins du monde et d’être appelé à devoir traiter avec notre puissant voisin du Sud. Ce petit quelque chose procure un léger sentiment d’aliénation et la vision indispensable pour être comédien. Et puis, il faut dire qu’ici, la météo peut littéralement nous tuer. Rien de tel que d’envisager la lointaine possibilité de mourir de froid, d’effroi, pour faire ressortir l’humour le plus noir d’une personne. En Ontario, on trouve autant de petites agglomérations paisibles que de villes trépidantes, résolument urbaines. Nous avons la vision, mais aussi la possibilité d’exploiter notre humour pour faire carrière devant le petit écran!

Les comédies ontariennes et les institutions spécialisées dans le genre ont eu une forte influence sur moi, m’aidant même à forger ma carrière. Je ne serais pas ici aujourd’hui sans le Second City de Toronto. Premièrement, j’ai passé mes années de formation à suivre l’évolution de leur bébé, SCTV, ingénieux à souhait, m’imprégnant des trésors déployés à l’écran par ces comédiens de talent. Et, deuxièmement, j’ai été engagée dans la troupe d’improvisation là-bas. J’ai suivi une formation professionnelle d’actrice à l’Université York (baccalauréat en beaux-arts), mais c’est à The Second City que j’ai appris vraiment le métier, en faisant de l’improvisation et des sketches six soirs par semaine pendant deux ans et demi. Carolyn Taylor était alors mon acolyte et voilà que nous sommes à nouveau ensemble dans Baroness avec Jenn Whalen, en vedette dans la première revue de Second City que j’ai vue en spectacle.

Nos sketches pour le Baroness von Sketch Show sont inspirés de nos vies. Nous portons attention aux petits moments de la vie, aux habitudes, aux vérités embarrassantes, puis nous mijotons tout cela dans la salle d’écriture. Plus les gens disent « Oh! Mon Dieu, moi aussi! », plus le sketch tient debout.

Je pense que les gens se tournent toujours vers les sketches parce que c’est une formule qui permet de dire la vérité, d’aborder rapidement n’importe quel sujet et d’en rire un bon coup, non sans ironie. Sans compter que pour Baroness, notre formule est une véritable bénédiction, car il est encore plus facile qu’avant pour les gens de commenter les sketches du spectacle sur les médias sociaux. La durée d’attention se raccourcit de plus en plus; aussi, le sketch fait rire les gens en deux temps, trois mouvements.

La comédie conserve sa pertinence de nos jours. Imaginez la vie sans le rire, sans aucun rapprochement, sans cet éclair de joie en songeant : « Comme c’est vrai! » Nous ne sauvons pas de vies humaines à proprement parler par notre travail de création, mais nous tentons de rendre la vie plus agréable pour tous; nous essayons de faire comprendre aux gens qu’ils ne sont pas seuls et que oui, on peut bien se marrer!

Jennifer Whalen

L’Ontario a profité, au fil des ans, de l’humour que des Canadiens d’autres provinces ont apporté en déménageant ici, contribuant ainsi grandement à notre drôlerie collective. Mais il ne faudrait pas négliger le rôle d’institutions qui continuent d’inspirer et d’influencer de jeunes comédiens.

Pour mes 16 ans, mon professeur d’art dramatique, M. Kunder, et quelques amis m’avaient emmenée voir un spectacle de Second City au Old Fire Hall, à Toronto. Je n’avais jamais vu quelque chose d’aussi excitant de ma vie. J’ai aimé l’énergie et apprécié les risques que prenaient les artistes. Mike Myers personnifiait le rocker Wayne Campbell, plus tard la vedette du film Wayne’s World (Le monde selon Wayne). C’était en 1986, bien avant qu’il ne devienne célèbre. Cela a été une soirée magique, marquante que j’ai vite remisée aux oubliettes. Dans ma jeune vingtaine, alors que je cherchais ma voie, j’ai fini par suivre des cours d’improvisation à Second City. C’est alors que d’un coup, le désir ardent de faire partie de Second City s’est réveillé. Être membre de la troupe de Second City a eu une énorme influence sur ma carrière. J’ai eu l’occasion de rencontrer tellement de personnes incroyablement talentueuses qui sont devenues des amis et des collègues de travail. J’y ai trouvé ma « tribu ». Curieusement, comme pour boucler la boucle, mon mari est ami avec Mike Myers et je dois donc lui rappeler la première fois que moi je l’ai vu.

Lorsque je prépare du contenu pour Baroness, mon processus créatif est assez simple. Quand je me lève le matin, je n’ai aucune idée de ce sur quoi je vais écrire. Puis, je prends le transport en commun pour me rendre au travail. Au cours du trajet, j’obtiens déjà cinq idées de sketches. Je vis à Toronto. Me retrouver coincée dans le trafic est un des thèmes majeurs de ma vie ces derniers temps.

Peu importe ce qui arrive, on peut toujours choisir d’en rire. Les sketches comiques sont une excellente façon d’obtenir sa dose de rire; c’est un genre très polyvalent. Ils peuvent servir plusieurs fins, comme présenter une tranche de vie ou offrir une parodie. Ils se prêtent bien aux échanges et ils sont parfaits pour les personnes, comme moi, avec une capacité d’attention limitée.