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Célébration de l’Année internationale des personnes d’ascendance africaine

Illustration représentant Richard Pierpoint signée Malcolm Jones, 1.E.2.4-CGR2 © Musée canadien de la guerre

"Cette Année internationale offre la possibilité unique de redoubler d’efforts dans la lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, affectant les personnes d’ascendance africaine partout dans le monde."

Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Par

Afua Cooper

Le patrimoine Noir

Published Date: 10 nov. 2011

Photo : Illustration représentant Richard Pierpoint signée Malcolm Jones, 1.E.2.4-CGR2 © Musée canadien de la guerre

Les Nations Unies (ONU) ont fait de 2011 l’Année internationale des personnes d’ascendance africaine. L’organisation reconnaît ainsi que partout dans le monde, les personnes d’ascendance africaine restent confrontées à la discrimination et à l’oppression raciales héritées de l’esclavage et de la colonisation.

En choisissant pour thèmes de cette Année « Reconnaissance, justice et développement », l’ONU a enjoint ses États membres à prendre des mesures pour briser cette oppression. Sensible à l’appel de l’ONU, la Fiducie du patrimoine ontarien consacre ce numéro de Questions de patrimoine à l’histoire et au patrimoine afro-canadiens, vieux de 250 ans.

Le patrimoine des Noirs en Ontario remonte au Régime français. Dès 1745, des rameurs noirs – esclaves ou libres – travaillaient dans le très lucratif commerce des fourrures. L’activité de ces lamaneurs noirs est ainsi attestée à Toronto, Cataraqui (Kingston) et Niagara Falls.

Ce patrimoine a été produit et façonné par des Noirs ayant des origines et des expériences diverses. Aux Noirs présents depuis l’ancien régime s’ajoutent les familles militaires des Loyalistes qui ont conquis leur liberté après avoir combattu pour les Britanniques. On compte aussi des esclaves africains exploités par leurs propriétaires blancs loyalistes. Au XIXe siècle, les immigrants venus des États-Unis par le chemin de fer clandestin viennent grossir les rangs. Puis, au cours de ce siècle et du XXe, des populations issues des Caraïbes ont commencé à enrichir l’histoire des Noirs de l’Ontario. Après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’immigration d’origine africaine qui s’est accentuée.

Voici quelques-unes de leurs histoires. Né et élevé au Sénégal, en Afrique occidentale, Richard Pierpoint est enlevé et vendu dans le cadre de la traite transatlantique des esclaves, et finit dans les États du Nord. Pendant la Révolution américaine, il échappe à l’esclavage et se bat du côté des Britanniques, avant de s’installer en Ontario; il lutte également pour les Britanniques pendant la guerre de 1812. Esclave ontarienne, Chloe Cooley est une des premières grandes figures de la défense des droits de la personne. Josiah Henson ouvre la première école de métiers manuels et industriels du Canada. Plus près de nous, la Canadienne d’origine jamaïcaine Rosemary Brown a changé le paysage politique du pays en devenant la première femme noire à briguer la direction d’un parti fédéral, le Nouveau Parti démocrate, en 1972.

Au cours des deux siècles et demi écoulés, les Ontariens noirs ont construit des communautés et des villes, fondé des familles et mis leurs compétences et leurs talents au service du développement et du progrès de la province.

En dépit des innombrables réalisations, contributions et réussites des Ontariens noirs, l’histoire des Noirs de l’Ontario est méconnue, marginalisée voire oubliée. Ces réalisations ne sont pourtant pas des moindres : Pierpoint, par exemple, a contribué à fonder une nouvelle nation et un nouveau pays. Malgré les apports immenses des Afro- Ontariens, la discrimination raciale continue d’entraver nos progrès et a nui au développement de nos communautés.

Dans l’article « What it Means to be Black in Canada » (The Mark, 14 juillet 2011), le sénateur Donald Oliver note par exemple que les Noirs du Canada sont toujours frappés par un chômage élevé, un profilage racial et la discrimination des tribunaux. En outre, Donald Oliver relève que les médias populaires persistent à présenter les Canadiens noirs de manière dégradante : pauvres, pathologiques et criminels. D’après D. Oliver, l’absence de visibilité de l’histoire des Noirs est l’une des raisons pour lesquelles ces derniers sont encore confrontés à diverses formes de discrimination raciale.

Selon Statistique Canada, qui a étudié les crimes haineux signalés par la police en 2009, les Noirs continuent d’être la première cible des crimes haineux, devant les autres groupes. Les crimes haineux visant les Ontariens et Canadiens noirs ont augmenté de 34 % depuis 2008, en particulier à Toronto, Ottawa et dans la région de Kitchener- Waterloo.

Certains des principaux auteurs et chercheurs ayant étudié l’expérience des Noirs de l’Ontario – présents dans ce numéro spécial de Questions de patrimoine – ont répondu à cet appel pour rendre visible l’histoire des Noirs et l’utiliser afin de supprimer les stéréotypes et d’améliorer la connaissance du passé des Noirs de la province.

Tous ces auteurs mettent l’accent sur un ou plusieurs aspects des Noirs en tant qu’acteurs de la création de leur propre histoire, et sur la reconnaissance, la justice et le développement dont ils ont besoin. Rosemary Sadlier met en lumière le rôle de l’Ontario Black History Society pour garantir la reconnaissance et l’appréciation de l’histoire de Noirs. Nina Reid-Maroney et Marie Carter ont toutes deux étudié les réalisations de certains Ontariens noirs au XIXe siècle, outre les récits relatifs au chemin de fer clandestin. Karolyn Smardz Frost nous informe sur un autre projet de l’ONU et sur sa pertinence vis-à-vis du patrimoine afro-canadien. Adrienne Shadd souligne le rôle et les travaux exceptionnels de Wilma Morrison, historienne de la communauté et griotte (conteuse). Tamari Kitossa aborde la question des Afro-Canadiens et du droit, évoquant comment ce dernier a été une arme à double tranchant pour la vie de nombreux Canadiens noirs. Afua Marcus nous rappelle que la danse a toujours constitué une part intrinsèque de la vie de Noirs en mettant l’accent sur la vie et l’oeuvre de Len Gibson. Mesfin Aman nous ramène au présent et examine comment Dudley Laws, figure de proue des droits de la personne, a modifié le paysage de ces droits en Ontario. Enfin, Thando Hyman explore les succès de l’Africentric Alternative School et comment cette école a contribué à rétablir la fierté des jeunes Noirs.

Les Ontariens et Ontariennes noirs sont conscients que le champ du patrimoine, de l’histoire et de la culture est crucial dans la lutte pour nos droits. Le présent numéro de Questions de patrimoine est un pas dans cette direction.