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L’esclavage en Ontario

La famille Henson arrive au Canada (Photo : Site historique de la Case de l’oncle Tom)

"L’existence de l’esclavage des Africains dans ce qui est désormais l’Ontario est une triste réalité, peu connue. Ce sont les Loyalistes de l’Empire-Uni qui introduisirent cette pratique dans la province, lorsqu’ils émigrèrent en Ontario après la Révolution américaine, emmenant avec eux de nombreux esclaves."

Par

Afua Cooper

Le patrimoine Noir

Published Date: 27 juill. 2007

Photo : La famille Henson arrive au Canada (Photo : Site historique de la Case de l’oncle Tom)

L’esclavage – une des institutions mondiales les plus vieilles, pratiquée dans presque toutes les sociétés – est devenu de plus en plus synonyme du sort des peuples noirs d’Afrique, en raison de la traite transatlantique des esclaves (1518-1850).

Près de 25 millions de personnes furent achetées par des puissances esclavagistes européennes et déportées de leurs nations africaines pour travailler comme esclaves dans les fermes et les plantations, et dans les usines et les foyers des Blancs au sein de toutes les sociétés du Nouveau Monde, du Canada à l’Argentine. La traite des esclaves et l’esclavage des Africains ont contribué à assurer la fortune et la domination des Européens.

Au moins 600 000 Africains arrivèrent sur les côtes de ce qui est désormais les États-Unis, au paroxysme de la traite des esclaves. Ce chiffre est passé à quatre millions au début de la guerre de Sécession, en 1861. La main-d’œuvre que ces esclaves africains offrait permit de faire des États-Unis l’économie la plus riche au monde. Bien que les États du Nord aient aboli l’esclavage en 1827, il continua de perdurer dans le Sud.

La première mention de l’esclavage des Africains au Canada remonte à 1628 et à Olivier LeJeune, un jeune garçon originaire de Madagascar. Par la suite, l’esclavage au Canada prit de l’ampleur et fut institutionnalisé sous les régimes français et britannique. De nombreux esclaves naquirent au Canada, mais d’autres arrivèrent en provenance des États-Unis, des Caraïbes, d’Afrique et d’Europe.

L’existence de l’esclavage des Africains dans ce qui est désormais l’Ontario est une triste réalité, peu connue. Ce sont les Loyalistes de l’Empire-Uni qui introduisirent cette pratique dans la province, lorsqu’ils émigrèrent en Ontario après la Révolution américaine, emmenant avec eux de nombreux esclaves.

Affiche « À vendre » (Photo : Site historique de la Case de l’oncle Tom)

Le climat canadien, avec sa courte saison de culture et ses hivers rigoureux, ne convenait pas au système de grande plantation des États du Sud. Il n’était pas non plus économiquement viable de nourrir et de loger des esclaves pendant l'hiver. Par conséquent, la plupart des esclaves en Ontario s’acquittaient de tâches domestiques et étaient des cuisiniers, des majordomes et des domestiques dans les foyers des riches et de l’élite.

L’esclavage diminua graduellement au Canada. En 1793, après avoir appris qu’une esclave noire nommée Chloe Cooley avait été emmenée de force aux États-Unis, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe, adopta une loi qui interdisait l’importation d’esclaves dans le Haut-Canada et qui établissait des règles qui restreignaient l’esclavage dans la province. Une autre mesure prise pour éradiquer l’esclavage fut prise en 1807 lorsque la traite des esclaves atlantique fut abolie. Le transport des esclaves était interdit, mais l’esclavage n’était pas aboli. L'esclavage prit fin lors de l’adoption de la Loi sur l’abolition de l’esclavage par la Grande-Bretagne, le 1er août 1834. Cette loi abolit la pratique dans tout l’Empire, y compris au Canada. Cette loi signifiait que partout dans l’Empire britannique, tous les Noirs étaient considérés comme des personnes libres disposant du droit à la liberté.

Légalement, l’abolition de l’esclavage plaça les Noirs et les Blancs sur un pied d’égalité et signifia que la société considérait l’esclavage comme une pratique répréhensible sur le plan moral, contre laquelle il fallait lutter. Les Noirs canadiens et d’autres abolitionnistes continuèrent de défendre les droits des Noirs au Canada grâce à l’éducation et à des manifestations contre l’esclavage américain, en œuvrant à l’amélioration des conditions de vie des Noirs canadiens dans les écoles et les colonies noires, et en prenant les armes et servant dans le « corps d’hommes de couleur », une unité noire de la milice.

Après l’abolition de l’esclavage, de nombreux Américains d’origine africaine commencèrent à considérer le Canada comme un refuge et fuirent l’esclavage dans les États du Sud et le racisme et la discrimination dans les États du Nord. Le Canada offrit une protection aux réfugiés de l’esclavage et établit des précédents juridiques en refusant de consentir aux demandes d’extradition d’esclaves.

Plus de 30 000 Noirs vinrent se réfugier au Canada en empruntant le chemin de fer clandestin – un réseau secret composé d’Américains noirs d’origine africaine, de Blancs ayant épousé cette cause et de peuples des Premières nations – durant la période précédant la guerre de Sécession. Son objectif principal consistait à aider les esclaves fugitifs dans leur quête de la liberté. Les itinéraires menaient du Sud des États-Unis vers des endroits comme le Mexique, les Caraïbes, mais bien plus souvent vers le Canada. Les fugitifs fuyaient à pied, en diligence, en train et en bateau. Il existait de nombreux itinéraires menant des États esclavagistes du Sud au Nord des États-Unis et au Canada. De nombreux esclaves fugitifs qui arrivèrent en Ontario s’établirent dans la région de Windsor et de St. Catharines avant de déménager dans d’autres régions de la province.

L’esclavage en Ontario eut un impact terrible sur les victimes de cette pratique. En tant que première compétence de l’Empire britannique à adopter des mesures pour restreindre l’esclavage, l’Ontario a de quoi être fier. Cependant, ni la loi pionnière de Simcoe visant à limiter l’esclavage, ni la loi britannique l’abolissant ne parvinrent à mettre un terme au racisme ou à la marginalisation au Canada. La liberté sociale et l’égalité furent plus difficiles à atteindre. Cependant, en confrontant et relevant d’énormes défis, de nombreux Noirs parvinrent à se forger une nouvelle vie et à créer des communautés viables dans la province.