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Contre l’amnésie historique ou la reconnaissance des personnes d’ascendance africaine en tant que pionniers et bâtisseurs communautaires

Plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine ontarien commémorant la Colonie de Dawn

"Le saviez-vous? Le British American Institute est une école d’enseignement pratique créée en 1841 à l’initiative de J.C. Fuller, quaker originaire de New York, du révérend Hiram Wilson, représentant de l’American Anti-Slavery Society, et du révérend Josiah Henson, ancien esclave. Jouant le rôle de conseil d’administration, Henson et Wilson achètent 300 acres sur les terres du canton de Dawn – aujourd’hui dans la ville de Dresden – pour y installer l’école. Une colonie de peuplement se développe autour de l’école : elle sera connue sous le nom d’établissement Dawn. La Fiducie du patrimoine ontarien explique l’histoire de cet établissement au site historique de la Case de l’oncle Tom."

Par

Marie Carter

Le patrimoine Noir, La communauté

Published Date: nov. 10, 2011

Photo : Plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine ontarien commémorant la Colonie de Dawn

Dans la plupart des cas, l’histoire générale du Canada rend uniquement hommage aux personnes d’ascendance africaine au travers des histoires héroïques du chemin de fer clandestin. Toutefois, à eux seuls, ces récits ne rendent pas justice à la diversité des Afro-Canadiens et à leurs contributions.

En 2003, à Dresden, en Ontario, les instigateurs de la promenade historique le long du sentier Trillium (Trillium Trail Historical Walk) ont refusé de se cantonner à ces histoires d’évasion à l’heure de commémorer les accomplissements des premiers pionniers noirs. Cela a mis au jour une question cruciale. Si la majorité de la population constituant les premières communautés était d’ascendance africaine, certaines de ces personnes n’auraient-elles pas apporté des contributions semblables à celles des pionniers blancs dans le cadre du développement de la ville?

La réponse à cette question a conduit à une compréhension radicalement différente de la vie au sein de l’établissement Dawn et de ses citoyens. Les personnes d’ascendance africaine qui s’y installent constituent alors une communauté diversifiée, comptant notamment dans ses rangs d’anciens esclaves dotés d’un bel esprit d’entreprise – qui défricheront les terres et introduiront de nouvelles cultures comme le tabac et le chanvre – et des gens de métier qualifiés. Elle est en outre composée dans une vaste proportion de citoyens d’honneur – professionnels, propriétaires d’entreprise, etc. – et d’une élite ayant réussi, à la tête de ressources considérables qu’elle investira dans l’intérêt de la communauté. Des familles comme les Whipper, les Hollensworth, les Hill, les Shadd et les Charity jouent un rôle capital au sein de l’établissement Dawn et de la collectivité naissante de Dresden.

La famille élargie ou les associés des grands ouvriers du chemin de fer clandestin comme William Whipper ont le souci de mettre en place une infrastructure capable d’aider les personnes ayant fui vers le nord à débuter une nouvelle vie – et leur permettant de subvenir aux besoins de leurs propres familles qui se sont installées au nord par mesure de sécurité après la promulgation aux États-Unis de la loi draconienne de 1850 sur les esclaves fugitifs. Cette infrastructure prévoit notamment des institutions sociales et des services professionnels. De 1853 à 1873, leurs investissements et leur présence insufflent une nouvelle dynamique au sein de l’établissement Dawn. En 1854, la communauté a construit à Dresden un moulin à farine, une scierie, un entrepôt, une auberge pour les voyageurs, un moulin à grains et divers magasins. Elle compte également dans ses rangs des professionnels venus enseigner dans les écoles et offrir un grand nombre de services disponibles pour la première fois. Citons notamment le premier médecin (Dr Amos Aray) et le premier agent immobilier de la ville (J.B. Hollensworth).

Le monument commémoratif érigé au cimetière de Dresden en hommage à Mary Anne Whipper-Hollensworth – la soeur de William Whipper – est l’un des rares vestiges témoignant encore du lien de la communauté avec un groupe de Pennsylvaniens aisés. (Photo : Marie Carter)

À partir de 1853, le Pennsylvanien William Whipper possède la majeure partie de l’espace d’origine de la ville et détient les prêts hypothécaires sur diverses propriétés qu’il a vendues pour permettre à d’autres de débuter – y compris à l’un au moins des premiers industriels blancs qui sera considéré plus tard comme l’un des fondateurs de la ville, tandis que Whipper et ses associés sombreront dans l’obscurité.

La collectivité de Dresden s’efforce de rectifier cette erreur et d’autres cas d’amnésie historique en rendant hommage à ces pionniers et bâtisseurs communautaires de la première heure – et plus tard, aux défenseurs des droits de la personne – dans le cadre de divers projets historiques.

Le saviez-vous? En 2010, une plaque a été érigée dans la rue principale de Dresden par la Fiducie du patrimoine ontarien afin de commémorer l’activisme de Hugh Burnett et de la National Unity Association, dont les efforts ont conduit à l’adoption des lois Fair Employment Practices Act et Fair Accommodations Practices Act en Ontario. De nouveaux projets historiques continuent à refléter le multiculturalisme des premières heures de l’histoire et du développement de la ville.