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Protéger les paysages agricoles Ontariens: défis et possibilités

Site agricole près de l’escarpement du Niagara, non loin de Milton. (Photo : Tourisme Ontario)

Les paysages culturels

Published Date: oct. 12, 2012

Photo : Site agricole près de l’escarpement du Niagara, non loin de Milton. (Photo : Tourisme Ontario)

L’agriculture fait partie intégrante de l’histoire de l’Ontario. Cette activité a façonné et influencé la croissance et le développement des collectivités de la province depuis ses origines.

L’agriculture ontarienne au XXIe siècle est certes confrontée à diverses pressions et difficultés, mais elle offre également des perspectives innovantes et excitantes en matière de prospérité socio-économique et de préservation de paysages fonctionnels importants. Une des façons d’aider à sauvegarder le patrimoine agricole de l’Ontario consiste à s’inspirer des traditions anciennes pour adopter de nouvelles approches créatives de l’agriculture dans la province. Ces approches peuvent assurer que les terres agricoles sont maintenues dans cette activité et demeurent des composantes viables de l’identité ontarienne. Dans le même temps, il s’agit de promouvoir des options de remplacement pour développer les collectivités, doper l’économie et stimuler l’émergence d’un système alimentaire durable.

Le temps sec et chaud observé l’été dernier en est la preuve : l’agriculture doit constamment relever des défis comme la sécheresse ou la fluctuation des prix du marché. Ces conditions peuvent compliquer l’activité alors que les exploitants ont du mal à joindre les deux bouts et à assurer la pérennité de leur domaine. Outre ces difficultés constantes, l’agriculture ontarienne – et la préservation des terres agricoles de l’Ontario – subit des pressions à long terme qui peuvent avoir des retombées graves, voire irréversibles, sur son avenir.

Balles de foin sur une exploitation agricole près de Stratford. Photographie : © Tourisme Ontario.

Balles de foin sur une exploitation agricole près de Stratford. Photographie : © Tourisme Ontario.

D’après l’Inventaire des terres du Canada, seul 0,5 % des terres agricoles du pays appartiennent à la classe 1. Plus de la moitié d’entre elles sont situées en Ontario, certaines des plus fertiles s’étendant immédiatement à l’ouest de Toronto. Mais les terres agricoles ontariennes constituent aussi un bien non renouvelable qui intéresse les promoteurs désireux de tirer parti de l’expansion des villes et des banlieues. Une fois que les terres sont construites, elles ne sont plus jamais cultivées. Le recensement de l’agriculture de 2011 indique une chute de 9,2 % du nombre d’exploitations recensées en Ontario entre 2006 et 2011, correspondant à un recul global de 4,8 % de la superficie agricole.

Ce recul s’accompagne généralement d’une hausse astronomique de la valeur des terres agricoles restantes, en particulier à proximité des centres urbains. Même si certaines zones sont réservées à l’agriculture, elles font l’objet d’achats spéculatifs toujours plus nombreux, dans la perspective d’un élargissement supplémentaire des frontières des municipalités ou de modifications des restrictions actuelles sur l’aménagement du territoire. Ces achats sont potentiellement et concrètement responsables d’une flambée des prix des terres agricoles voisines, situation difficile pour les exploitants qui ne souhaitent pas vendre leur propriété, et menaçante pour l’avenir de leur activité à long terme.

Un problème connexe se profile : de nombreuses exploitations ontariennes pratiquent une agriculture de masse spécialisée qui entraîne la diminution de la biodiversité des terres agricoles de la province. Soucieuses de demeurer économiquement viables, beaucoup d’exploitations vendent leurs produits à des entreprises agroalimentaires qui exigent d’énormes quantités d’une même marchandise. Cette approche agroindustrielle met l’accent sur les cultures offrant une production rapide et fiable, souvent au détriment de la survie de variétés locales et régionales, ainsi que de la santé écologique globale du territoire. Malheureusement, il existe aujourd’hui peu d’incitations financières permettant aux cultivateurs d’agir comme des gestionnaires de l’environnement en adoptant des techniques agricoles respectueuses de la biodiversité et qui inscrivent les terres agricoles dans un système écologique plus vaste.

L’avenir de l’agriculture en Ontario est menacé par la disparition des terres agricoles et par le manque de vocations, aujourd’hui et demain. La génération actuelle d’exploitants est vieillissante, et les statistiques indiquent que peu de leurs enfants souhaitent reprendre la ferme familiale. Le problème est encore compliqué par la hausse des coûts d’exploitation ainsi que par la disponibilité de produits importés bon marché, qui pèsent sur la compétitivité des exploitants ontariens. De surcroît, le prix élevé des terres agricoles de qualité est un obstacle pour attirer les nouvelles générations d’exploitants.

La réduction drastique des infrastructures agricoles, comme les installations de transformation, les abattoirs, les fromageries et autres activités connexes, a aussi modifié le paysage agricole ontarien, car aujourd’hui les produits sont généralement transportés bien loin du domaine pour être transformés puis expédiés aux quatre coins de la planète. On estime que seuls 10 à 15 % de tous les aliments produits en Ontario finissent sur les tables de la province, le reste étant exporté. Cette réalité limite considérablement les possibilités d’accéder à une alimentation locale bon marché prête à la consommation.

Partout en Ontario, des initiatives « Mangez local » et « Achetez frais, achetez local » ont été lancées, encourageant les consommateurs à entrer en contact direct avec les producteurs locaux. (Photo : Tourisme Ontario)

Photo: Partout en Ontario, des initiatives « Mangez local » et « Achetez frais, achetez local » ont été lancées, encourageant les consommateurs à entrer en contact direct avec les producteurs locaux. (Photo : Tourisme Ontario)

Le marché St. Lawrence de Toronto a récemment été désigné comme le premier marché alimentaire du monde par National Geographic. (Photo de Flickr : Keith Attard)

Photo: Le marché St. Lawrence de Toronto a récemment été désigné comme le premier marché alimentaire du monde par National Geographic. (Photo de Flickr : Keith Attard)

Les difficultés que présentent les systèmes de production actuels ainsi que la concurrence de la grande distribution, capable de vendre des aliments cultivés à l’étranger à bas prix, font que les agriculteurs ont du mal à générer des revenus en vendant leurs produits directement aux consommateurs. La distance qui sépare ces derniers et les producteurs peut contribuer à la dissipation des connaissances relatives à la production des aliments et à la manière d’acheter et de cuisiner des aliments frais dans une approche locale, saine et abordable.

Malgré ces problèmes, de nouvelles stratégies innovantes favorables à l’agriculture et à la préservation des terres agricoles à l’échelle de la province continuent de se faire jour. Par exemple, l’Ontario Farmland Trust (OFT) collabore directement avec les exploitants à travers son Land Securement Program pour garantir que leurs terres sont protégées et demeurent exploitables avec des pratiques de conservation à long terme. L’OFT s’attaque en outre au problème du coût souvent prohibitif des terres agricoles en louant à des agriculteurs débutants des parcelles de ses propriétés sous forme de concessions stables à long terme, à des prix abordables.

Il est aussi possible d’exploiter les terres appartenant à l’État, dans les zones rurales ou proches des villes. Par exemple, l’Office de protection de la nature de Toronto et de la région loue plus de 3 000 acres (1 214 hectares) de terres à des fins agricoles, dans une optique innovante de promotion de l’agriculture durable. De plus, le parc urbain national de la Rouge, nouveau site émergent, offre des possibilités intéressantes pour préserver les terres agricoles et encourager les pratiques agricoles durables à petite échelle.

Les mouvements favorables à la sauvegarde des terres agricoles et à leur mise à la disposition d’exploitants débutants se doublent d’actions encourageant les agriculteurs existants à gérer leur propriété de façon durable et à reconnaître leur rôle de gestionnaire de l’environnement. Une de ces initiatives bénévoles, le Programme Canada-Ontario des plans environnementaux, travaille avec les familles agricoles pour identifier leurs points forts et leurs points faibles sur le plan écologique, et pour suggérer des mesures et des projets spécifiques visant à améliorer les conditions environnementales de leurs exploitations. En outre, le programme Alternative Land Use Services (ALUS), piloté par le comté de Norfolk, rémunère les agriculteurs en échange d’activités de gestion favorables à la biodiversité à travers la conservation et la protection de caractéristiques naturelles du paysage agricole, qui entraînent une baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Ces initiatives sont complétées par des efforts pour maintenir la biodiversité des semences et du bétail, en opposition à une approche plus industrielle de l’agriculture recourant aux cultures génétiquement modifiées et à une poignée de variétés et de races dominantes. L’organisme Semences du patrimoine défend les savoirs traditionnels en matière de cultures et plantes de jardin en conservant des semences patrimoniales, tandis que Rare Breeds Canada concentre ses efforts sur la préservation et la survie des races d’élevage du patrimoine. En collaboration avec des exploitants des quatre coins de l’Ontario, ces associations contribuent au maintien de la biodiversité dans l’offre alimentaire locale, et veillent à ce que les variétés de semences et les races d’élevage locales continuent de faire partie du paysage agricole de la province.

La sauvegarde des terres agricoles et la promotion de pratiques durables et écologiques répondent au besoin d’impliquer et de responsabiliser une nouvelle génération d’exploitants grâce à l’éducation, la formation et le mentorat. Cette nouvelle génération peut compter des jeunes possédant ou non une expérience agricole ainsi que des fermiers migrants porteurs de connaissances et de compétences considérables, applicables dans la province. Ces dernières années, plusieurs programmes de formation ont été lancés en Ontario par des organisations comme FarmOn Alliance, FarmStart, Collaborative Regional Alliance for Farmer Training et Farmers Growing Farmers. Elles ont travaillé ensemble pour proposer des stages et des formations aux nouveaux agriculteurs dans toute la province. Par ailleurs, le programme d’agriculture durable du Collège Fleming donne aux futurs exploitants la possibilité d’acquérir des connaissances essentielles ainsi qu’une expérience concrète en matière agricole.

La protection et l’avenir de l’agriculture en Ontario dépendent également de l’engagement de la population à reconnaître la valeur des terres agricoles, et à acheter des aliments sains produits localement avec des pratiques respectueuses de l’environnement. Dans toute la province, les Ontariens et Ontariennes ne manquent pas d’occasions de se renseigner sur les systèmes alimentaires de proximité, et de soutenir les agriculteurs en achetant leurs produits locaux. Les marchés agricoles sont une merveilleuse occasion pour les consommateurs de communiquer directement avec les producteurs d’aliments frais et locaux. Les programmes d’agriculture soutenue par la communauté permettent aux consommateurs d’investir directement dans les fermes locales en achetant immédiatement une partie de la récolte saisonnière.

L’élevage est toujours une composante importante du patrimoine agricole ontarien, comme on le voit sur cette image prise le long de la péninsule Bruce. (Photo : Tourisme Ontario)

D’un bout à l’autre de la province, des collectivités, des organisations et des entreprises voient l’agriculture comme un moyen de stimuler le tourisme et l’économie locale, et de créer des lieux plus sains pour vivre et travailler. Dans tout l’Ontario, des initiatives « Mangez local » et « Achetez frais, achetez local » ont été mises en place pour encourager les consommateurs à communiquer directement avec les agriculteurs locaux. Plusieurs régions et collectivités ont élaboré des cartes et des guides alimentaires pour aider la population à entrer à contact avec les fermes et les producteurs des environs. Les systèmes d’auto-cueillette permettent notamment aux Ontariens et Ontariennes de soutenir les cultivateurs de leur région tout en bénéficiant de produits frais et locaux. Des chefs de restaurants de toute la province collaborent aussi avec les producteurs proches de chez eux pour proposer des aliments frais et sains sur leurs tables. De même, le gouvernement provincial a apporté son appui aux initiatives alimentaires locales par l’intermédiaire du Fonds d’investissement dans le marché ontarien.

Le mouvement de la ferme à la table est aujourd’hui plus qu’une mode. J’ai certes un souci éthique qui me pousse à acheter des aliments produits localement avec des pratiques durables, mais ma préoccupation première est de préparer des mets délectables que mes clients apprécient. Il y a une chose que l’on comprend vite quand on cherche à localiser la viande bovine la plus délicieuse, les meilleures tomates, la plus savoureuse des truites : elles proviennent assurément des exploitations qui pratiquent une agriculture patrimoniale. Il ne reste plus qu’à dénicher celles qui sont les plus proches, car la fraîcheur est un facteur majeur de qualité et de goût. L’approche de la ferme à la table permet une meilleure alimentation. Et tout le monde peut se ranger à cette idée. » ~ Carl Heinrich Carl Heinrich est copropriétaire du restaurant Richmond Station à Toronto, et a remporté l’édition de Top Chef Canada de cette année. Il achète des produits de saison auprès d’agriculteurs locaux et ramène des bêtes entières pour les abattre sur place. Pour en savoir plus sur le nouveau restaurant de Carl Heinrich, visitez le site www.richmondstation.ca.
Les terres arables et l’infrastructure se font concurrence, comme on peut le constater ici dans ce vignoble niché dans la Twenty Valley, dans la région de la péninsule du Niagara, et coexistent avec la Queen Elizabeth Way, une autoroute à six voies très fréquentée, près de Beamsville.

Photo: Les terres arables et l’infrastructure se font concurrence, comme on peut le constater ici dans ce vignoble niché dans la Twenty Valley, dans la région de la péninsule du Niagara, et coexistent avec la Queen Elizabeth Way, une autoroute à six voies très fréquentée, près de Beamsville.

Les vignobles de la région du Niagara tirent parti de la croissance du marché du vin dans notre province. (Photo : Tourisme Ontario)

Photo: Les vignobles de la région du Niagara tirent parti de la croissance du marché du vin dans notre province. (Photo : Tourisme Ontario)

Carl Heinrich est copropriétaire du restaurant Richmond Station à Toronto, et a remporté l’édition de Top Chef Canada de cette année

Photo: Carl Heinrich est copropriétaire du restaurant Richmond Station à Toronto, et a remporté l’édition de Top Chef Canada de cette année

La prise de conscience qu’il faut aller vers les jeunes pour les sensibiliser aux produits et à une alimentation saine suscite plusieurs projets et initiatives en Ontario. Par exemple, FoodShare Toronto innove en proposant aux étudiants de se renseigner sur le système alimentaire local, et en militant pour l’introduction de produits frais dans les programmes d’alimentation scolaire. Les étudiants de l’Université Trent soutiennent des projets en faveur d’une alimentation locale par le biais de jardins biologiques situés sur le campus ou du café qu’ils gèrent, The Seasoned Spoon. À cela s’ajoute un nombre croissant d’hôpitaux et d’institutions similaires qui fournissent des produits frais et locaux.

Si l’agriculture ontarienne fait face à de nombreux défis, des possibilités enthousiasmantes existent également pour assurer sa place dans l’avenir de la province. La préservation du patrimoine agricole dépend de ces possibilités de créativité et d’innovation en faveur des paysages fonctionnels, de la biodiversité et du rôle des terres agricoles et des agriculteurs dans les systèmes économiques et écologiques de l’Ontario. En saisissant ces occasions, les Ontariens et Ontariennes contribuent à façonner un système alimentaire durable dans lequel l’agriculture demeure une facette importante de l’identité de leur province.