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Pimachiowin Aki – nouveau site du patrimoine mondial au Canada

Quatre grandes rivières traversent le site, tout en rapides et en cascades (Photo : Pimachiowin Aki Corporation)

Par

Gord Jones

Revoir le point de vue historique, Le patrimoine autochtone

Published Date: 07 sept. 2018

Photo : Quatre grandes rivières traversent le site, tout en rapides et en cascades (Photo : Pimachiowin Aki Corporation)

Le 1er juillet 2018, lors de la 42e session du Comité du patrimoine mondial à Manama, Bahreïn, Pimachiowin Aki a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, devenant ainsi le premier site du patrimoine mondial mixte (à la fois culturel et naturel) au Canada. En réponse à la décision du Comité, Sophia Rabliauskas, porte-parole des Premières Nations anishinaabe, a pris acte du soutien des aînés et a rappelé que les Anishinaabeg (peuple ojibwé) vivent depuis des millénaires en relation étroite avec ce lieu – responsabilité sacrée qui leur est confiée par le Créateur qui donne la vie aux enfants et aux petits-enfants.

Pimachiowin (prononcé pim-MA-cho-win) désigne le concept de « bien vivre », qui constitue l’ambition suprême des Anishinaabeg et qui regroupe le succès à la chasse, la stabilité économique, la bonne santé jusqu’à un âge avancé et des enfants en bonne santé et heureux. Aki (prononcé ah-KAY) signifie « terre ». Aki est un concept holistique de la terre qui n’établit pas de distinction entre les « êtres d’esprit » et « ceux qui ont la vie ». Pimachiowin Aki signifie « la terre qui donne la vie ». Pimachiowin Aki témoigne d’un lien durable entre la culture et la nature.

Le poisson est depuis toujours une ressource importante pour les Anishinaabeg (Photo : Pimachiowin Aki Corporation | Source : Hidehiro Otake)

« Nous nous tenons tous aux côtés les uns des autres dans ce cycle [de vie]. Nous avons tous une importance et nous comptons les uns sur les autres pour vivre. Personne n’est plus important que son voisin. C’est la raison pour laquelle nous avons tissé des liens très étroits avec toutes les formes de vie. » Albert Bittern (Novembre 2013)

S’étendant sur une superficie de 29 040 kilomètres carrés du bouclier boréal du centre du Canada, incluant la frontière entre le Manitoba et l’Ontario, Pimachiowin Aki fait partie des 20 sites du patrimoine mondial les plus étendus et se distingue par sa rareté à l’échelle mondiale : moins d’un pour cent de l’ensemble des sites du patrimoine mondial appartient à la catégorie site mixte - paysage culturel.

Pimachiowin Aki englobe les territoires ancestraux des Premières Nations anishinaabe de Bloodvein River, Little Grand Rapids, Pauingassi et Poplar River, comprenant une population totale de 6 000 personnes. Le parc provincial Atikaki (Manitoba) ainsi que le parc provincial Woodland Caribou et la réserve de conservation Eagle-Snowshoe (Ontario) complètent le site.

En 2002, les Premières Nations de Pimachiowin Aki signent un accord intitulé Zones protégées et intendance des ressources des Premières nations : un accord de coopération (l’Accord). Par le biais de l’Accord, les Premières Nations présentent la vision d’un réseau de zones protégées digne d’une inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Les gouvernements de l’Ontario et du Manitoba s’associent aux Premières Nations pour proposer l’intégration de Pimachiowin Aki à la Liste indicative des sites du patrimoine mondial du Canada en mai 2004. En 2006, les partenaires des Premières Nations et des gouvernements provinciaux créent la Pimachiowin Aki Corporation afin de superviser la préparation du dossier de proposition d’inscription. Il s’agit d’un organisme de bienfaisance à but non lucratif dirigé par un conseil d’administration qui représente les Premières Nations et les gouvernements provinciaux.

En 2013, le Comité du patrimoine mondial diffère sa décision lors de la première proposition d’inscription. Le Comité recommande la tenue d’une mission consultative en amont afin d’étudier les possibilités de renforcement de la proposition pour mieux correspondre aux critères de sélection des sites du patrimoine mondial et au concept de paysage culturel. À cette période, le Comité reconnaît que bien que la Convention du patrimoine mondial soit la seule convention internationale portant à la fois sur le patrimoine culturel et naturel, celle-ci ne distingue pas de façon adéquate les liens indissolubles qui existent dans certains lieux entre la culture et la nature. Une deuxième proposition d’inscription en 2015 développe le témoignage qu’apporte Pimachiowin Aki de la tradition culturelle de Ji-ganawendamang Gidakiiminaan, ou « garder la terre », et est recommandée par les organisations consultatives du Comité du patrimoine mondial – le Conseil international des monuments et des sites et l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature – pour une inscription lors de la session de juillet 2016 du Comité du patrimoine mondial. Les organisations consultatives prônent cette inscription en tant que tournant décisif dans la représentation des liens inextricables entre la culture et la nature, ainsi que de la connaissance, des croyances et des pratiques en matière d’intendance coutumière, et également en tant qu’événement majeur pour les sites dont l’inscription est proposée par le biais de l’engagement de peuples autochtones.

En juin 2016, l’une des cinq Premières Nations engagées initialement retire son soutien à la proposition d’inscription, et de ce fait la proposition est renvoyée au Canada pour réexamen.

La troisième proposition pour inscription, approuvée en juillet 2018, est totalement en accord avec l’objectif de la Convention du patrimoine mondial : protéger, préserver et mettre en valeur des lieux présentant une valeur universelle exceptionnelle.

Nous croyons fermement que la nature et la culture sont inséparables. Cette proposition d’inscription décrit notre tradition culturelle de ji-ganawendamang, ou « garder la terre »,qui reflète notre responsabilité sacrée et nos liens spirituels avec la forêt boréale de Pimachiowin Aki (la terre qui donne la vie). Elle décrit également la responsabilité que chaque génération a assumée pour veiller à ce que la vie continue dans l’intérêt des générations futures.

En tant que peuple anishnaabe, nous voulons laisser un legs durable afin de protéger et de préserver cette région au profit de la planète. (Sophia Rabliauskas, 1er juillet 2018, extrait d’un discours devant le Comité du patrimoine mondial suivant l’inscription de Pimachiowin Aki sur la Liste du patrimoine mondial)

Pimachiowin Aki constitue l’exemple le plus complet, et de ce fait exceptionnel, d’un paysage au sein de la zone géoculturelle subarctique d’Amérique du Nord, qui témoigne de la tradition culturelle de Ji-ganawendamang Gidakiiminaan. La tradition culturelle est reflétée par des expressions tangibles et spatiales des interactions des Anishinaabeg avec la terre, telles que des pictogrammes (art rupestre) et d’autres sites archéologiques, sacrés et cérémoniels, itinéraires de déplacement, sites d’habitation et de campement, sites de récolte et de transformation, territoires de piégeage et lieux-dits. Les Anishinaabeg sont également liés à la terre par des attributs immatériels, notamment l’anishinaabemowin (langue anishinaabe), la connaissance, les relations sociales, les croyances et les valeurs culturelles associées à Ji-ganawendamang Gidakiiminaan.

« Les enseignements sont partagés par le biais du tambour, du chant, des rassemblements communautaires et des offrandes. Depuis la nuit des temps, l’aîné qui a le plus grand savoir et la plus grande sagesse devient le chef communautaire. Cet aîné sera celui qui interprétera les chants traditionnels accompagnés de tambours et qui utilisera la médecine traditionnelle pour guérir. » Solomon Pascal (traduction, janvier 2014)

Pimachiowin Aki est un exemple exceptionnel du biome boréal à l’échelle mondiale et constitue le meilleur exemple de la diversité écologique et biologique de l’écozone du bouclier boréal nord-américain. Pimachiowin Aki abrite une variété exceptionnelle d’écosystèmes terrestres et d’eau douce, et permet les incendies sauvages, les flux de matières nutritives, les déplacements d’espèces et les relations prédateur-proie, qui sont des processus écologiques essentiels dans la forêt boréale. De vastes zones protégées comme Pimachiowin Aki sont nécessaires pour maintenir les processus et l’intégrité écologiques, ainsi que pour maintenir les réseaux de sites favorisant la subsistance et les traditions culturelles autochtones.

Dans les années à venir, la Pimachiowin Aki Corporation jouera un rôle central pour la préservation de la valeur universelle exceptionnelle de ce lieu singulier, et pour la mise à profit des avantages sociaux, culturels, environnementaux et économiques au sein de ce nouveau site du patrimoine mondial, et au-delà. Les programmes clés concerneront les domaines suivants :

  • sauvegarde du patrimoine culturel matériel et immatériel;
  • préservation et compréhension des écosystèmes et des espèces;
  • soutien des économies durables;
  • information et sensibilisation du public;
  • coordination du suivi et de l’établissement de rapports;
  • soutien des initiatives communautaires.

L’établissement d’un programme de gardiens du territoire autochtones pour Pimachiowin Aki constitue l’une des premières priorités.

Les partenaires de Pimachiowin Aki sont reconnaissants envers toutes les personnes qui ont soutenu cette initiative, qu’il s’agisse des aînés, dirigeants et membres des communautés anishinaabe, des provinces de l’Ontario et du Manitoba, du gouvernement du Canada ou encore des nombreux organismes et personnes qui ont consacré leur temps, leur énergie et leurs compétences à la protection de ce patrimoine exceptionnel et irremplaçable et à sa transmission aux générations futures. Pour obtenir de plus amples renseignements, consultez le site Web pimachiowinaki.org.