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Présenter. Préserver. Protéger.

Ce banc surplombe la rivière et les tertres funéraires (Photo : Chris McEvoy, Rusty Anchor Productions)

Par

Kayleigh Speirs et Art Hunter

Le patrimoine autochtone, La communauté

Published Date: oct. 01, 2019

Photo : Ce banc surplombe la rivière et les tertres funéraires (Photo : Chris McEvoy, Rusty Anchor Productions)

Le Centre historique Kay-Nah-Chi-Wah-Nung, « là où sont les longs rapides », est un lieu de rencontre d’importance historique situé le long des rives de la Manidoo Ziibi (Spirit River ou rivière des Esprits ou rivière à la Pluie) dans le Nord-Ouest de l’Ontario. Aussi appelé monticules Manitou, il s’agit de la concentration la plus importante de tertres funéraires connus en Amérique du Nord; il a été déclaré lieu historique national en 1969. Le centre appartient aux Premières Nations de la rivière à la Pluie qui le gèrent. Il offre des excursions guidées et des galeries, un espace de collection avec plus de 20 000 objets et artefacts, une boutique de cadeaux proposant des objets d’art faits par des artistes locaux autochtones et un restaurant avec un menu qui met à l’honneur des ingrédients traditionnels des Anishinaabes.

Pendant des décennies, les membres des Premières Nations de la rivière à la Pluie ont évoqué la construction d’un centre historique avant qu’elle ne se concrétise au milieu des années 1990. Comme l’a décrit James Leonard, l’ancien chef des Premières Nations de la rivière à la Pluie : « Depuis des milliers et des milliers d’années, nous sommes présents ici. Nous y faisons du commerce, nous y chassons, nous y pêchons et nous avons toujours voulu partager ce site avec le reste du monde. »

Kay-Nah-Chi-Wah-Nung Historical Centre (Photo : Chris McEvoy, Rusty Anchor Productions)

Kay-Nah-Chi-Wah-Nung Historical Centre (Photo : Chris McEvoy, Rusty Anchor Productions)

Au moment de sa construction, les aînés de la communauté ont jugé important que le centre soit bâti à proximité des tertres funéraires. Toute terre est sacrée et a sa propre histoire et son importance : les terres du Kay-Nah-Chi-Wah-Nung possèdent un patrimoine ancien et riche; leur utilisation ou occupation récurrente par des Autochtones remonte à plus de 8 000 ans, ce qui constitue un record. Alors que d’innombrables communautés autochtones ont voyagé, fait du commerce, vécu et pleuré la mort d’un des leurs sur les terres du Kay-Nah-Chi-Wah-Nung, les Premières Nations de la rivière à la Pluie se considèrent comme les gardiens des tertres. Comme l’explique Art Hunter, membre d’une bande et employé du centre : « Ce sont nos ancêtres, nous sommes les gardiens. La responsabilité de ce site nous incombe à présent parce que c’est nous qui nous trouvons là. »

Les membres de la communauté ont décrit comment, en grandissant, ils ont toujours connu les tertres et entendu les histoires racontées par leurs parents et grands-parents à leur sujet. Pour nombre d’entre eux, toutefois, il a fallu attendre la construction du centre et la visite des expositions consacrées à ces récits et ces histoires pour que tous ces savoirs puissent être réellement conceptualisés.

Kay-Nah-Chi-Wah-Nung opère dans deux mondes : le monde culturel et le monde des affaires. Dans le monde culturel, le centre a pour vocation de préserver et de protéger les tertres funéraires ainsi que tous les éléments et savoirs associés au peuple des Premières Nations de la rivière à la Pluie. Dans le monde des affaires, le centre est là pour présenter ces savoirs et les partager avec nos visiteurs par l’entremise notamment de visites, d’une programmation culturelle et d’ateliers. Bien que fort différents en apparence, ces deux mondes sont, en réalité, inextricablement liés et ne pourraient exister l’un sans l’autre.

Les tertres funéraires et l’héritage des bâtisseurs de monticules autochtones en Amérique du Nord sont peu connus et mal compris. Les connaissances culturelles, les traditions et les renseignements relatifs aux raisons de l’érection des monticules sont pour la plupart tombés dans l’oubli et de nombreux monticules ont été détruits. Kay-Nah-Chi-Wah-Nung est un site sacré unique. C’est l’un des rares musées et centres culturels en Ontario qui appartient à une communauté autochtone dont l’histoire et les savoirs sont présentés à l’intérieur de ses murs. Il est essentiel que des communautés aient en charge leurs propres histoires, leurs terres et leur culture matérielle, ses aspects tangibles comme intangibles, et il est urgent d’avoir plus de centres et de musées qui rendent cela possible.

Kay-Nah-Chi-Wah-Nung est un lieu de rassemblement, un lieu où partager et découvrir des savoirs culturels et des traditions singulières. Comme l’explique Willie Wilson, l’ancien chef des Premières Nations de la rivière à la Pluie : « Kay-Nah-Chi-WahNung fait partie de notre terre natale et de notre patrimoine. Ce lieu revêt une signification profonde pour notre peuple et nous avons mené un combat long et éprouvant pour le préserver et le protéger. À présent, nous avons la chance de le partager avec tout un chacun. » Le sentiment dont se font souvent écho les membres de la communauté et d’autres personnes engagées dans le tourisme culturel est que la meilleure manière de protéger et de préserver quelque chose consiste à éduquer les gens à ce sujet. Art Hunter explique qu’il a découvert, dans le cadre d’une vérification de sentier sur le site, des traces de quadricycle qui couvraient l’un des tertres funéraires. Sa première réaction de colère et de tristesse passée, cela a conforté l’idée de l’importance d’un tel centre et d’une présence sur place pour enseigner aux gens à respecter la terre et ceux qui y sont enterrés.

Faute d’éducation et de transmission efficace des connaissances, de nombreux sites du patrimoine ontarien risquent de tomber dans l’oubli ou d’être détruits. Il est important de continuer à présenter ces espaces culturels singuliers afin de les protéger et de les préserver. Comme le souligne Art Hunter : « Il est capital de continuer à faire vivre ce lieu non seulement pour les visiteurs, mais pour nos générations futures. Celui-ci existe pour l’apprentissage et pour notre peuple. Si nous ne l’avions pas, j’ignore ce que cela serait. Je n’en saurais pas autant sur mon peuple, mon histoire. C’est le centre qui a fait naître chez moi le désir d’en savoir plus. »