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L’histoire de Goderich : une leçon de survie

Le 50, rue West, à la suite de la tornade (Photo avec l’aimable autorisation de Bob Davis)

Par

Denise Van Amersfoort

Les bâtiments et l'architecture, La communauté, Les outils pour la conservation

Published Date: mai 10, 2013

Photo : Le 50, rue West, à la suite de la tornade (Photo avec l’aimable autorisation de Bob Davis)

Depuis un an et demi, la rue West de Goderich est à la fois un chantier de construction et un espace de services et de commerce de détail.

Le 21 août 2011, la Ville de Goderich est dévastée par une tornade de force F3 dont l’épicentre englobe les deux districts de conservation du patrimoine (DCP) de la ville – la place et la rue West. Les experts-conseils en patrimoine s’accordent pour dire que les dégâts causés aux DCP de Goderich sont sans précédent dans l’histoire de la province.

Dix-huit mois plus tard, Goderich a replanté et reconstruit, et elle a forgé de l’avant. Cet article fournit un petit aperçu du dévouement immense, de l’ardeur au travail et du dynamisme dont ont fait preuve les propriétaires fonciers privés, le Comité du patrimoine, le conseil municipal et la collectivité dans son ensemble, dans le but de reconstruire « la plus belle petite ville du Canada » et sa rue West en particulier.

La rue West a connu beaucoup d’exemples de réussite après la tornade. En tant qu’urbaniste de la ville, je suis heureuse de pouvoir apporter un éclairage sur quelques-uns des nombreux cas qui suscitent l’inspiration.

Aux numéros 37 à 41 de la rue West se trouve la loge maçonnique, qui domine la rue de son imposante et majestueuse présence depuis 1913. Le 21 août 2011, un tiers de sa façade d’inspiration italienne à trois niveaux est arraché par la tornade et la rue tout entière est jonchée de ses briques. Cette loge figurait parmi les édifices ayant renoncé à rejoindre le DCP en 1993. Il est toutefois intéressant de noter que, malgré l’absence de désignation, les gardiens de cet édifice déposeront des demandes de permis patrimoniaux, se rapprocheront du comité du patrimoine municipal et marin et s’impliqueront véritablement dans la procédure d’examen patrimonial. Les travaux de réfection permettront de restaurer la façade donnant sur la rue, de recréer la corniche en brique en encorbellement, de poser un nouveau toit, de procéder à d’importants travaux de rénovation intérieure et de réaliser d’autres réparations structurelles. Le résultat est magnifique. La maçonnerie est peut-être l’élément que je préfère, car les propriétaires ont choisi de conserver autant que possible la brique d’origine de la façade. Il en résulte une nette distinction entre l’ancien et le nouveau, qui permet à cet édifice de témoigner de cette période de destruction et de résilience qu’a connue la ville tout entière.

Le 50, rue West, à la suite de la tornade et depuis sa restauration (Photos avec l’aimable autorisation de Bob Davis)

En face, deux autres édifices illustrent un travail de qualité. Celui du 46 de la rue West a vu sa cheminée s’effondrer et son toit être endommagé en plus d’essuyer d’importants dégâts intérieurs. L’édifice du 50 de la rue West, quant à lui, a subi les assauts répétés de la pluie de décombres provenant des édifices voisins, ce qui a lourdement endommagé l’un de ses côtés, sans compter la quantité de fenêtres cassées, d’enseignes détruites et de dégâts intérieurs importants. La restauration, et grâce à elle la conservation, de ces deux modèles d’architecture de styles Second Empire et géorgien a considérablement contribué au paysage de rue.

Le paysage de rue du nord de la rue West constitue un autre exemple de transformation réussie. Avant la tornade, quatre bâtiments d’un seul niveau se dressaient côte à côte sur une portion de la rue. Le plan du DCP de la rue West, de même que le règlement de zonage de la ville, est favorable à la construction d’édifices à deux niveaux dans le district commercial traditionnel, mais ces bâtiments avaient été construits avant l’élaboration du plan de district. Lorsque trois d’entre eux sont détruits dans la tornade, il existe bien sûr une volonté de rendre à la rue son apparence d’origine, mais c’est aussi l’occasion de les doter de deux niveaux. C’est ainsi que le conseil municipal et les propriétaires se solidariseront pour recommander que les édifices de la rue West soient reconstruits sur deux niveaux plutôt qu’un seul. Aujourd’hui, deux de ces trois sites accueillent de nouveaux bâtiments à deux niveaux et les propriétaires du quatrième édifice, qui n’avait pas été détruit, ont également décidé d’y faire construire un niveau supplémentaire. La silhouette de la rue West a été transformée et la valeur patrimoniale des lieux s’en est trouvée enrichie malgré les graves dommages subis. Cet exemple montre comment, en associant la planification de DCP à l’aménagement du territoire et à la bonne volonté des propriétaires, il a été possible d’aboutir à une formidable réussite au lendemain d’une catastrophe naturelle.

Quelle est donc la prochaine étape du DCP de la rue West? En mars 2013, le conseil municipal – avec le soutien d’une subvention du Fonds de prospérité pour les communautés créatrices accordée par le gouvernement provincial – a mis en route un nouveau projet de planification et d’étude de DCP pour le centre-ville de Goderich, qui propose d’englober les deux districts existants, voire d’inclure d’autres zones du cœur du centre-ville.

Je pense que, dans les mois qui ont suivi la tornade, les gens ont mesuré l’importance des districts de conservation du patrimoine – et de la planification de la conservation du patrimoine en général – et qu’ils ont œuvré dans ce sens. À Goderich – en particulier rue West – les résultats sont tout simplement incroyables. Venez donc le constater par vous-même!