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La réutilisation adaptative : Bâtir autour du point de vue d’un architecte
Leroy Shum, architecte de la Fiducie du patrimoine ontarien, nous parle des éléments clés de la réutilisation adaptative, des nouvelles tendances de l’industrie et des possibilités qu’elles ouvrent.
Que se passe-t-il lorsqu’un bâtiment ne remplit plus sa fonction initiale? Comment un espace se transforme-t-il en un lieu adapté aux besoins de demain? Une pratique courante de l’industrie qui répond à ce défi est la réutilisation adaptative. Partout en Ontario, des centaines de bâtiments et d’espaces réutilisés de façon adaptative remplissent une fonction qui diffère de ce qui était prévu à l’origine, tout en conservant leurs caractéristiques historiques. À l’origine, Evergreen Brickworks situé à Toronto était une usine de briques, mais sert aujourd’hui d’espace communautaire. Le palais de justice du district de Thunder Bay, quant à lui, est maintenant un hôtel. Le Centre du patrimoine ontarien, construit à Toronto en 1909 à titre de société d’investissement et d’épargne, abrite maintenant le siège de la Fiducie du patrimoine ontarien. Il s’agit de l’un des nombreux bâtiments réutilisés de façon adaptative dans le portefeuille de la Fiducie.
La Canadian Birkbeck Investments and Savings Company (maintenant le Centre du patrimoine ontarien), 1927
La définition de la réutilisation adaptative dépend souvent de l’interprétation de chaque personne. Ce concept se trouve au cœur des industries du bâtiment et de l’architecture. En collaboration avec les intervenants et les professionnels de l’industrie, la Fiducie partage ses connaissances afin de fournir une expertise et des renseignements sur la réutilisation adaptative et ses pratiques.
« La réutilisation adaptative peut être définie comme l’indique le terme : revoir la fonction initiale prévue d’une structure en l’adaptant pour la réutiliser », explique l’architecte de la Fiducie, Leroy Shum. Le concept consiste à réutiliser un bâtiment ou une structure existant à des fins nouvelles, plutôt que de le démolir. Le gros œuvre (la structure ou les caractéristiques principales d’un espace) reste solide, mais l’espace est adapté à un nouvel usage. La réutilisation adaptative agit comme un exercice de conservation, ce qui permet à la fois de protéger le gros œuvre des bâtiments et de préserver les compétences et techniques du patrimoine immatériel qui ont servi à la création de l’espace d’origine.
En quoi consiste la réutilisation adaptative?
La réutilisation adaptative est un processus complexe, mais certains points et étapes clés se démarquent. Lorsqu’il s’agit de lancer un projet de réutilisation adaptative, la planification et l’évaluation constituent une première étape importante. Avant d’agir, il est impératif d’évaluer un bien et de faire appel aux experts et intervenants appropriés pour s’assurer que cette méthode est la meilleure solution pour cet espace et qu’elle garantit le plus grand succès possible.
« Les bonnes solutions de réutilisation adaptative sont celles qui sont bien pensées », affirme M. Shum. « Selon la situation, on fait appel à certains experts pour formuler une solution à un problème. Sur le plan architectural, de nombreux intervenants externes participent au processus. C’est un peu comme la création d’un plan d’affaires. »
Pour garantir la réussite d’un projet, il est essentiel d’analyser le processus avant même qu’il ne commence. De nombreux facteurs doivent être pris en considération lors de la planification et de la mise en œuvre d’une solution de réutilisation adaptative. Voici quelques facteurs clés :
- les impacts environnementaux;
- la conservation des éléments clés d’un bâtiment;
- l’interprétation d’un espace.
Les impacts environnementaux
Pour décider s’il faut démolir un bâtiment ou le convertir en appliquant les principes de réutilisation adaptative, il est essentiel de tenir compte des impacts environnementaux des deux processus. La démolition de structures physiques a des répercussions sur l’environnement. « Lors de l’évaluation d’un bâtiment, vous devez comprendre l’ampleur des conséquences négatives que pourraient avoir les propositions envisagées », ajoute M. Shum. « Si on le décortique, le processus comprend la démolition, puis l’enfouissement, l’augmentation des émissions de carbone et, ultimement, la production de déchets. »
La sensibilisation à l’environnement est au cœur de la réutilisation adaptative, tout comme la prise de conscience et les sensibilités entourant la préservation du design d’origine et du gros œuvre du bâtiment, qui ont été entretenus et surveillés par le personnel et des ouvriers qualifiés au fil du temps.
La conservation
La conservation est un facteur clé dans tout projet de réutilisation adaptative. Alors que les impacts environnementaux évaluent l’espace dans son ensemble, la conservation permet de se concentrer sur des parties plus précises d’un bâtiment. « Nous nous efforçons de conserver le gros œuvre existant afin de la réutiliser d’une manière différente », explique M. Shum. « Parfois, le gros œuvre fait partie intégrante d’un bâtiment et est particulièrement important pour l’interprétation du bien en question. Nous utilisons donc certaines stratégies pour le conserver. » Il est essentiel de déterminer ce qui doit être conservé et ce qui peut être adapté pour un usage plus pertinent ou actuel. Dans le cadre de la conservation et parmi les facteurs déterminants pour choisir quelle partie du gros œuvre conserver ou non, il est important de continuer à interpréter l’espace.
L’interprétation
« Chaque bâtiment, qu’il soit moderne ou adapté à la culture, comporte un élément à interpréter », explique M. Shum. « Il y a une chronologie qui raconte une histoire. » L’interprétation des espaces consiste à retracer l’histoire d’un bâtiment et à conserver les éléments qui ont une importance historique. En ce qui concerne l’interprétation et la narration de l’histoire du bâtiment, il est important de savoir « ce qu’il était à l’époque, ce qu’il est aujourd’hui et quelles décisions ont été prises au fil du temps ». Ce principe répond aux questions « pourquoi? ». Pourquoi le bâtiment est-il réutilisé de façon adaptative? Pourquoi certains éléments du gros œuvre sont-ils conservés et d’autres, non? Pourquoi l’histoire de ce bâtiment est-elle importante? Ces questions aident à construire l’histoire de l’espace : l’interprétation.
Il est impératif de préserver l’interprétation de l’espace pour assurer une réutilisation adaptative. M. Shum souligne l’importance d’être conscient de l’incidence que nous avons sur les sites, les biens et les espaces en fonction des décisions prises pour l’avenir. Cette prise de conscience est nécessaire dans le cadre de l’interprétation. Une fois qu’un gros œuvre ou un élément significatif, important ou central est perdu, il est perdu à jamais.
Étude de cas sur la réutilisation adaptative : Le « Paradis d’une folle »
La Fiducie du patrimoine ontarien compte plusieurs exemples de projets de réutilisation adaptative réussis dans son portefeuille immobilier. Situé à Scarborough, le « Paradis d’une folle » est une petite maison située au bord des falaises Scarborough. La maison était autrefois la résidence de Doris McCarthy, artiste et peintre canadien de renom. En 1986, Mme McCarthy a fait don de la propriété d’une superficie de 2,8 hectares (7 acres) à la Fiducie du patrimoine ontarien. En 2010, la Fiducie a réutilisé l’espace et l’a transformé pour y accueillir le Programme des artistes en résidence Doris McCarthy. « C’était une résidence privée, mais Doris McCarthy souhaitait qu’elle devienne un incubateur pour les arts », explique M. Shum. À l’heure actuelle, le programme offert dans cet espace accueille chaque année plusieurs artistes qui peuvent créer leurs œuvres tout en vivant dans l’ancienne maison et l’ancien atelier de Mme McCarthy. Bien que la structure demeure la même, l’utilisation de l’espace a changé pour accueillir des artistes et préserver des artefacts de la vie de Mme McCarthy. Dans le cadre de l’interprétation de l’espace, il est important que l’héritage de Doris McCarthy perdure à travers le programme. Le site a été transformé de manière à être plus pertinent aujourd’hui et à répondre aux besoins d’un plus grand nombre de personnes. Les éléments structurels de la maison ont été conservés afin que les artistes puissent ressentir ce que McCarthy a éprouvé lorsqu’elle y a créé ses propres œuvres.
Conclusion
La réutilisation adaptative consiste à prendre un espace, à évaluer les besoins de la collectivité, à déterminer un nouvel usage et à transformer cet espace en quelque chose de nouveau. Ce concept a été exploré sous l’angle de l’architecture et des bâtiments. Mais on se pose nécessairement la question : la réutilisation adaptative peut-elle s’appliquer à autre chose qu’aux bâtiments et aux structures? Si un bâtiment peut s’adapter et changer de fonction, pourquoi d’autres espaces ne le pourraient-ils pas? « Si nous nous penchons sur les paysages naturels ou culturels, nous aurions alors beaucoup plus de questions à nous poser et d’aspects à considérer », mentionne M. Shum. L’application des principes de réutilisation adaptative à d’autres espaces et paysages nécessiterait une modification du processus et une réflexion approfondie. Cependant, ce n’est pas impossible. En fait, il est plus impératif que jamais de réfléchir à la façon dont tous les espaces, y compris les espaces culturels et naturels, peuvent s’adapter et évoluer pour répondre aux besoins modernes.
















































































































































